Pauvre Raoul ! avait dit d'Artagnan en haussant les épaules. Chapitre CXCVIII Suite d'orage 14 Page 20 Chapitre CXCIX Heu ! miser ! « Pauvre Raoul ! » avait dit Athos. « Pauvre Raoul ! » avait dit d'Artagnan. En effet, plaint par ces deux hommes si forts, Raoul devait être un homme bien malheureux. Aussi, lorsqu'il se trouva seul en face de lui-même, laissant derrière lui l'ami intrépide et le père indulgent, lorsqu'il se rappela l'aveu fait par le roi de cette tendresse qui lui volait sa bien-aimée Louise de La Vallière, il sentit son cur se briser, comme chacun de nous l'a senti se briser une fois à la première illusion détruite, au premier amour trahi. Oh ! murmura-t-il, c'en est donc fait ! Plus rien dans la vie ! Rien à attendre, rien à espérer ! Guiche me l'a dit, mon père me l'a dit, M. d'Artagnan me l'a dit. sacoche longchamp femme vraiment pas cher Tout est donc un rêve en ce monde ! C'était un rêve que cet avenir poursuivi depuis dix ans ! Cette union de nos curs, c'était un rêve ! Cette vie toute d'amour et de bonheur, c'était un rêve ! Pauvre fou de rêver ainsi tout haut et publiquement, en face de mes amis et de mes ennemis, afin que mes amis s'attristent de mes peines et que mes ennemis rient de mes douleurs ! Ainsi, mon malheur va devenir une disgrâce éclatante, un scandale public. Ainsi, demain, je serai montré honteusement au doigt ! Et, malgré le calme promis à son père et à d'Artagnan, Raoul fit entendre quelques paroles de sourde menace. Et cependant, continua-t-il, si je m'appelais de Wardes, et que j'eusse à la fois la souplesse et la vigueur de M. d'Artagnan, je rirais avec les lèvres, je convaincrais les femmes que cette perfide, honorée de mon amour, ne me laisse qu'un regret, celui d'avoir été abusé par ses semblants d'honnêteté ; quelques railleurs flagorneraient le roi à mes dépens ; je me mettrais à l'affût sur le chemin des railleurs, j'en châtierais quelques-uns. Les hommes me redouteraient et, au troisième que j'aurais couché à mes pieds, je serais adoré par les femmes. Oui, voilà un parti à prendre, et le comte de La Fère lui-même n'y répugnerait pas. N'a-t-il pas été éprouvé, lui aussi, au milieu de sa jeunesse, Chapitre CXCIX Heu ! miser ! 15 Page 21 Le Vicomte de Bragelonne, Tome IV. longchamp pas cher 2016 comme je viens de l'être , N'a-t-il pas remplacé l'amour par l'ivresse , Il me l'a dit souvent. Pourquoi, moi, ne remplacerais-je pas l'amour par le plaisir , Il avait souffert autant que je souffre, plus peut-être ! L'histoire d'un homme est donc l'histoire de tous les hommes , une épreuve plus ou moins longue plus ou moins douloureuse , La voix de l'humanité tout entière n'est qu'un long cri. Mais qu'importe la douleur des autres à celui qui souffre , La plaie ouverte dans une autre poitrine adoucit-elle la plaie béante sur la nôtre , Le sang qui coule à côté de nous tarit-il notre sang , Cette angoisse universelle diminue-t-elle l'angoisse particulière , Non, chacun souffre pour soi, chacun lutte avec sa douleur, chacun pleure ses propres larmes. Et, d'ailleurs, qu'a été la vie pour moi jusqu'à présent , Une arène froide et stérile où j'ai combattu pour les autres toujours, pour moi jamais. Tantôt pour un roi, tantôt pour une femme. Le roi m'a trahi, la femme m'a dédaigné. Oh ! malheureux ! Les femmes ! Ne pourrais-je donc faire expier à toutes le crime de l'une d'elles , Que faut-il pour cela , N'avoir plus de cur, ou oublier qu'on en a un ; être fort, même contre la faiblesse ; appuyer toujours, même lorsque l'on sent rompre. sac Que faut-il pour en arriver là , Être jeune, beau, fort, vaillant, riche. Je suis ou je serai tout cela. Mais l'honneur , Qu'est-ce que l'honneur , Une théorie que chacun comprend à sa façon. Mon père me disait : « L'honneur, c'est le respect de ce que l'on doit aux autres, et surtout de ce qu'on se doit à soi-même. » Mais de Guiche, mais Manicamp, mais de Saint-Aignan surtout me diraient : « L'honneur consiste à servir les passions et les plaisirs de son roi. » Cet honneur-là est facile et productif. Avec cet honneur-là, je puis garder mon poste à la Cour, devenir gentilhomme de la Chambre, avoir un beau et bon régiment à moi.